À la recherche d’un leader

À la recherche d’un leader

À la recherche d’un leader
Crédit : thierry erhmann / CC BY via flickr

Pourquoi la terre entière est-elle à la recherche d’un leader ? Avons-nous tant besoin d’un guide que l’on pourrait suivre les yeux fermés ? La vie est-elle plus facile quand on limite ses propres réflexions en suivant celles d’un autre ?

Oui, et la raison principale est sans doute liée à notre volonté d’économiser l’énergie dépensée chaque fois que l’on doit prendre une décision ou une direction. Imaginez qu’il soit nécessaire de se concerter systématiquement avec les autres pour chaque prise de décision liée à notre activité professionnelle.

A qui profite cette limitation de dépense énergétique ? Aux salariés ? Aux entrepreneurs ? Elle profite aux deux et c’est là une raison bien assez suffisante pour être à la recherche d’un leader.

Cela fait quelques temps déjà que cette question me captive, et je vais tenter d’apporter quelques éléments de réponses. Pour commencer il faut bien comprendre les différences entre un manager et un leader.

Définition d’un manager et d’un leader

Le manager

Il se définit comme le garant de l’organisation d’un service ou d’une équipe, il est par excellence, le point de distribution de l’information entre la hiérarchie et les opérationnels. Il contribue à établir du reporting mais peut être aussi une clé indispensable dans le changement.

Pour simplifier, on peut dire qu’il est le gestionnaire opérationnel d’une équipe, d’un groupe, d’un service ou d’une business unit.

Le leader

Il inspire le respect et la confiance, c’est celui qu’on suit bien volontiers. Il est souvent droit dans ses idées et maîtrise l’art de la communication.

On associe souvent le charisme au leadership, cependant c’est un raccourci bien rapide qui n’explique pas grand chose. En effet un leader est surtout jugé sur ses résultats, et son charisme seul ne sera pas suffisant pour les obtenir.

De plus il est important de souligner qu’un leader n’est pas forcément un manager, ce sont deux notions bien différentes.

Le manager-leader

Le manager idéal est donc un leader, pourquoi ? Je pense que le manager ”gestionnaire” que l’on considérait comme un outil de gestion des groupes n’est plus adapté à notre environnement. La nécessité d’intégration de la considération humaine demande beaucoup plus que d’être simplement un bon gestionnaire… Des restes de l’ère industrielle qui nous collent durement à la peau.

C’est pourquoi je crois énormément aux principes de bienveillance, pour être proche des valeurs humaines, pour développer son leadership et pour développer une efficacité managériale basée sur le bien être des collaborateurs, la cohérence et la confiance.

A la recherche du leader naturel

La plupart du temps on peut considérer cette requête comme une chimère de chef d’entreprise, non pas que les leaders naturels n’existent pas, mais comment peut-on construire un projet autour de la recherche de “leaders naturels”.

D’ailleurs qu’entendons-nous par “leader naturel” ? Le schéma de compréhension le plus simple est de s’intéresser à la fiction. Prenons par exemple Braveheart où William Wallace joué par Mel Gibson est la parfaite représentation d’un leader naturel. Peut-on développer son entreprise de la même façon qu’on libérerait l’Ecosse ?

Okay mais dans la vraie vie qu’en est-il ? Il est extrêmement rare, le leadership est un état que l’on peut développer au fil du temps mais peut-on naître leader ? Je n’y crois pas vraiment (bien qu’une éducation allant dans ce sens pourra faire gagner du temps).

Pourquoi en recherche-t-on ?

La recherche d’un leader naturel correspond le plus souvent à chercher une solution à un problème que l’on n’a pas compris. En quoi un nouveau collaborateur doté d’un leadership naturel va-t-il résoudre les failles ou les faiblesses de notre organisation ? Quel est exactement le problème ? Il est difficile d’imaginer que la réponse soit : Nos problèmes sont dus à une absence de leaders dans notre organisation.

La vérité c’est qu’on accorde un côté mystique, voire héroïque, au leadership naturel. S’en remettre à la chance n’est pas la meilleure méthode pour construire ou consolider un système.

Si on reste dans une vision idéaliste, le premier leader naturel pourrait être l’entrepreneur qui,  dans un contexte à taille humaine, devrait se suffire à lui-même pour garantir un leadership suffisant.

Partant de là j’envisage deux possibilités : premièrement, que notre chef d’entreprise cherche des clones pour manager comme il pense savoir le faire, par manque de confiance ou de compréhension face à l’importance de la diversité, et deuxièmement, qu’il s’efforce à combler le manque de leadership dans son organisation.

Ensuite je vous l’accorde bien volontiers, on peut aussi tenter sa chance en recherchant LE candidat parfait, mais posez-vous quand même la question : pourquoi utiliser le terme de leadership naturel ou leader naturel ? Cela peut masquer un flou dans la problématique de l’organisation en quête de ce sauveur leader.

L’environnement favorable

Comment un leader peut-il exercer son “pouvoir” d’attraction dans un environnement défavorable ? Imaginons une entreprise en difficulté au sein de laquelle la direction se met à prendre de nombreuses mesures restrictives sans prendre le temps d’y apporter la moindre explication.

Que le leader fasse partie de l’équipe de direction, de celle des managers intermédiaires ou encore de l’équipe de production, s’il n’arrive pas à déceler la cohérence de ces mesures, son leadership risque bien de servir la défense de la non-légitimité des décisions prises.

Peu importe la situation, s’ils n’ont plus confiance en leurs dirigeants ne comptez pas sur les leaders pour mener la barque.

Ce que je veux souligner ici, c’est qu’un leader a besoin de se sentir dans un contexte favorable pour exprimer son leadership.

Le leadership “court terme”, le château de sable

Comme on vient de le voir, l’environnement favorable est lié directement à l’expression du leadership, cependant, dans certaines situations le leader peut se contenter de faire ce que l’on pourrait appeler “soutenir les fondations”.

C’est une situation inconfortable et risquée. Il s’agit d’afficher une attitude ultra positive ne laissant aucun doute sur une fin salutaire, alors même que le leader a des informations allant dans le sens opposé.

Imaginons qu’une entreprise en difficulté établisse un plan de licenciement et souhaite en faire part aux salariés le plus tard possible, les managers et les leaders sont informés mais on leur demande de ne pas en parler avant 3 mois.

Utiliser le leadership comme un outil de maintien de motivation des équipes pendant ces 3 mois alors que les décisions sont déjà actées, n’est pas une bonne chose. Nous ne sommes plus dans une démarche honnête et cela fera perdre le statut de leader à ceux qui auront choisi cette voie. Les plus expérimentés refuseront de s’impliquer dans cette démarche et ils auront bien raison.

Pourquoi ? Le leadership est basé sur la confiance que l’on porte à une personne, sur l’inspiration qu’elle nous transmet et sur des valeurs fortes comme l’honnêteté et l’engagement.

Le leader inspire une forme de sécurité et de protection qui peut se transformer en véritable sentiment de trahison s’il choisit de prendre le mauvais chemin.

Une variante chez le leader naturel

Prenons une autre situation, chez les leaders “naturels” il est aisé d’influer un mouvement d’actions positives et motivantes.

Les élans sont très efficaces à court terme, mais pour mener des actions sur le long terme il faut lier cela autour d’un projet, d’objectifs et d’une vision d’entreprise claire et définie.

Si vous n’associez pas votre leadership naturel à un projet, votre influence diminuera avec le temps, car l’homme a profondément besoin de sens. Je vous invite à lire : Donner du sens.

En réalité, le leadership est à considérer sur le long terme. Les inconvénients d’une approche courtermiste sont beaucoup trop nombreux pour y investir inutilement du temps.

Le regard faussé des dirigeants

Certains dirigeants surestiment leur leadership et cela peut leur être difficile de s’en rendre compte.

Il existe plusieurs explications à cela.

Prenons du recul et essayons d’observer la situation d’un point de vue extérieur.

  1. Celui qui est considéré comme tout puissant dans le versement des salaires a une vision faussée de ce qu’il représente vis-à-vis de ses collaborateurs. Pourquoi ? Les collaborateurs ont un réflexe de protection naturel qui, dans la très grande majorité des cas, leur fait adopter une attitude artificielle leur permettant de toujours se montrer sous leur meilleur jour : ils sont curieusement toujours d’accord avec les remarques du patron, rient à chacune de ses pointes d’humour…
    Cela ne fait en aucun cas de ce dirigeant un leader, mais de son point de vue, reconnaissons qu’il est facile de se laisser prendre au piège.
  2. Celui qui est décisionnaire dans le choix des promotions pourra être exposé de la même façon à cette problématique.
  3. Le cas du startuper : l’idée de génie peut avoir des effets très pervers. Qui, de l’idée ou de son créateur, est le leader ? La réponse arrive malheureusement assez vite : lorsque l’idée de départ s’épuise, certains entrepreneurs se perdent dans une incompréhension la plus totale. Ce type d’expression est souvent très révélateur de la situation : “J’aimerais retrouver l’esprit startup de nos débuts”.
    Car oui les idées innovantes provoquent un élan pour qui y participe, mais cela ne fait pas pour autant de son initiateur, un leader.

Pour éviter tout malentendu, le leadership est loin d’être une qualité indispensable à un entrepreneur. Ce que je souhaite mettre en avant c’est que sa position lui impose bien souvent une vision fausse de ce que représente ou devrait représenter un leader.

Il y a tant d’éléments à étudier sur le leadership que j’y reviendrai sans aucun doute prochainement.

Pour le moment ce qu’il faut retenir :

  • La recherche d’un leader naturel cache souvent une problématique non élucidée dans une organisation.
  • Le leadership peut s’apprendre, il peut être inné mais cela reste rare.
  • Le leadership a besoin d’un environnement sain et équilibré pour s’exprimer.
  • De hautes fonctions hiérarchiques peuvent nous laisser croire qu’on est un leader alors que ce n’est qu’une illusion, c’est notamment le cas pour les dirigeants.

Les articles en relations qui peuvent vous intéresser :

Donner du sens

Des ressources inspirantes ?

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *